RNT : Qu’est ce qu’on attend ?

Au risque d’enfoncer des portes ouvertes … C’est un étrange mutisme qui entoure l’évènement alors qu’on est à moins de 25 jours du lancement de la diffusion de ces stations.

A la fin de l’année 2013 pourtant, l’espoir suscité par l’annonce de la date de lancement de la RNT en France avait reboosté ses défenseurs, même si les groupes nationaux annonçaient dans le même temps leur intention de retirer leur candidature au prétexte qu’ils favorisent la diffusion via IP ( ce qui reste une hérésie, c’est mathématique, souvenez vous ) .

La France, pourtant très en avance sur le numérique en télévision, hésite. Hésite ? Où bien le crime profite t-il à l’intérêt de quelques uns  ?

Pour la TNT, de nombreuses campagnes de sensibilisation dans la presse et les médias avaient informé la population du changement de mode de consommation de l’outil télévisuel, accélérant même le calendrier du « changement » en obligeant les français à s’équiper rapidement sous peine de ne plus recevoir leurs programmes favoris. En peu de temps, nous avons tous été amenés à changer notre matériel ou à nous procurer les décodeurs nécessaires à ajouter à notre télévision. Le réflexe a été presque immédiat, et la radio a d’ailleurs pleinement joué son rôle dans la promotion de la TNT en diffusant de nombreux messages.

Pour la RNT que se passe t-il sur le plan médiatique ? Rien. Nada. Que dalle. Zéro . Schmoll. Seuls les avertis , les « professionels de la profession » comme on dit, sont au courant de ce qu’il va se passer le 20 juin 2014, parce qu’ils en sont acteurs ou qu’ils l’ont lu dans un magazine spécialisé ou sur un site web consacré à la radio, ou entendu dans une discussion professionnelle. Personne ne se précipite sur les rares récepteurs disponibles dans les points de vente ( a des prix scandaleusement élevés parfois !!! ) , personne n’est au courant.

Pourquoi ce manque de volonté ? Par qui ? On ne peut pas parler de manque de volonté de la part du public puisqu’il n’est pas au courant. Est ce un réel désintérêt politique comme le suggère Remy Jounin sur son blog ? Un vrai lobbying trop pressant des « contres » ?

Y’a t-il une volonté nette de faire tomber les courageux opérateurs qui vont se lancer le 20 juin en les poussant simplement du côté où ils vont pencher ?

N’est ce pas paradoxal de taire à ce point une évolution majeure qui concerne la consommation d’un média de masse à ce point populaire qu’est la radio ?

Quand on sait qu’il faudra minimum 7 ans pour que se déploient à grande échelle  des moyens de réception RNT dans les automobiles ( le conducteur d’un véhicule le gardant paraît il en moyenne 7 ans dans sa vie ), lieu de prédilection de l’écoute de la radio , n’est il pas déjà trop tard pour s’y mettre ?

Ca n’est pourtant pas faute de motivation de la part des intéressés : le Sirti rappelle régulièrement l’intérêt de la chose, insistant sur le succès de la RTN en Suisse et en Angleterre, où le gouvernement a même encouragé les automobilistes à s’équiper . Je me souviens même d’une édition du Salon de la Radio en 2012 si mes souvenirs sont bons ou Francis Goffin, récemment élu au Comité de Direction du WorldDMB , m’encourageait avec enthousiasme à m’offrir rapidement un des petits postes de réception présentés sur un stand, me vantant les mérites de tel ou tel modèle, avec les yeux qui pétillaient comme pétillent les yeux des enfants gourmands d’un jouet dont ils sentent bien qu’il peut changer leur vie.

En Belgique d’ailleurs, le numérique av ance bien et les politiques y ont joué pleinement leur rôle. Les opérateurs se sont associé pour réaliser les tests adéquats, et ils ont bien compris l’intérêt d’une cohabitation FM / RNT / IP en lançant, en parallèle, maradio.be il y a quelques semaines.

Alors, en France, qu’est ce qui coince ? LA PEUR.

La peur d’une nouvelle concurrence pour certains ne doit pas empêcher l’évolution naturelle et inexorable des choses.

Empêcher le déploiement de la RNT, c’est refuser l’évolution de nos médias . Pour employer des raccourcis faciles : c’est un peu comme si on avait empêché les voitures de devenir hybrides pour être plus propres, les télévisions noir et blanc de devenir couleur pour plus de réalisme, comme si les fabricants de gazinières avaient empêché la vente des fours à micro-ondes. Dans tous ces domaines, les « historiques » ont fini par fabriquer les objets qui leur faisaient peur. Et ils y ont gagné.

Dans la téléphonie par exemple, certains fabricants ont raté le train de l’évolution vers les smartphones . Regardez ce qu’il est advenu de Nokia aujourd’hui !

En revanche, il y a urgence. Car pour ceux qui vont se lancer, il faudra bien trouver des paires d’oreilles pour savourer les programmes. Et certains, qui n’existent pas ou peu en FM aujourd’hui, vont devoir tenir. Si on ne les aide pas, rapidement ils seront asphyxiés , et on risque bien de voir disparaître de nombreuses initiatives prometteuses au nom d’une crainte qui ne se justifie plus.

Alors, qu’est ce qu’on attend ???

 

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La 4G n’est pas la solution, mais un complément.

Un article de SatMag et un post du Sirti sur Facebook ( voir l’image ) ont attiré mon attention cette semaine : ils démontrent le coût exorbitant que coûterait une diffusion radio sur le réseau 4G ( IP ) par rapport au DAB+ ( RNT ) .

Deux analyses en Norvège et en Suède semblent le démontrer, et on ne peut que constater que la RNT reste le moyen le plus économique et le plus efficace pour la diffusion des programmes dans l’avenir.  En Allemagne, le même constat apparaît dans un rapport réalisé pour le régulateur. Mais ca n’est pas le seul constat qu’on peut en faire.

Dans la pratique, j’essaye d’utiliser chaque jour mon téléphone pour écouter quelques radios dans ma voiture . Et force est de constater que pour l’utilisateur lambda, c’est encore très très compliqué aujourd’hui : il faut télécharger des applications sur le smartphone, associer en bluetooth le téléphone et le système audio de la voiture ( quand ca marche du premier coup ) , la 4g n’étant pas dispo partout il y a des coupures quand on circule ( quoi que, de moins en moins : j’ai pu il y a quelques semaines faire le trajet Douai / Paris via l’A1 sans aucune coupure en écoutant la radio via mon smartphone) , la manipulation pendant la conduite demeure dangereuse et surtout le niveau critique de téléchargement autorisé par mon opérateur est rapidement atteint. Autant d’éléments qui ne plaident pas en faveur de l’écoute de la radio par IP aujourd’hui.

Les opérateurs justement: ils sont en permanence à la recherche de contenus pour valoriser l’abonnement qu’ils nous vendent à nous, clients de la téléphonie mobile et de l’internet mobile. Ne serait il pas logique que les opérateurs de téléphonie prennent en charge le coût de l’opération, quitte à le répercuter à minima et presque de manière invisible sur l’abonné, puisqu’ils peuvent disposer d’autant de contenus que ceux que toutes les radios proposent, ce qui est inévitablement un « plus » pour la vente de leurs produits ? Ne le font ils déjà pas pour la télévision ?

Oui. Sauf que diffuser du son sur internet est autrement plus simple que de l’image en direct … toutes les radios quasiment disposent aujourd’hui d’un « stream » audio permettant, depuis leur propre site, d’écouter en direct le programme diffusé à un coût relativement bon marché.  La télévision, elle, doit faire face à des investissements plus lourds pour pouvoir le faire et est obligée de s’appuyer sur le concours des opérateurs pour y parvenir, opérateurs qui sont devenus autant de « tuyaux » dans lesquels les programmes de télévision s’engouffrent. Il suffit de voir les offres de Free, d’Orange, de Bouygues ou de SFR en la matière : puisqu’ils fournissent les « tuyaux » , ces tuyaux sont valorisés et sont devenus autant d’arguments de vente pour les opérateurs à destination de leurs clients : nous.

Mais pas la radio car cette dernière n’a pas besoin des opérateurs pour exister en IP, elle se débrouille sans eux.

Alors bien entendu, on imagine que demain il sera facile d’utiliser le web dans la voiture : cela existe déjà aujourd’hui, certains autoradios sont équipés pour et certaines marques s’en sont d’ailleurs fait une spécialité. On imagine qu’il sera simple , via une clé USB par exemple, d’adapter les actuels systèmes audio à l’IP.  Mais pourquoi ?

Pour moi, la radio doit rester LE média par excellence accessible à tous et gratuitement. Or, si l’IP suppose un coût largement supérieur, qui va payer si ce n’est le client puisque  les opérateurs de téléphonie n’apportent rien aux radios ( et ils ne semblent pas prêts à le faire ) ? Allons nous accepter de payer par « paquets » supplémentaires pour écouter ce qu’on écoute aujourd’hui en FM puisqu’on a vu que les opérateurs ET les diffuseurs n’auront qu’un intérêt limité les uns pour les autres ? Évidemment non.

Pour toutes ces raisons je pense que l’IP n’est pas la solution mobile pour notre média. C’est un complément. Un complément actuel à la FM qui nous permet d’écouter partout des programmes que nous ne captons pas dans notre ville, et qui le permettra tout autant lorsque demain la RNT proposera ses multiplexes sur les villes. La RNT enrichira nos contrées de programmes nationaux régionaux et locaux, pérennisant la bonne santé de ces derniers,  et l’IP nous permettra d’écouter confortablement et à petite dose les programmes qu’on ne pourra pas capter chez nous ainsi que des compléments sonores qui ne seront pas proposés par les canaux traditionnels.

Bien sûr, il faudra du temps pour que chacun s’équipe. Nos voitures ne seront pas tout de suite compatibles, nos installations à domicile non plus,  et il faudra que la FM et la RNT cohabitent pendant de nombreuses années. D’autant que je pense sincèrement que nos gouvernements ne feront pas à la RNT le cadeau d’une grande campagne publique de sensibilisation à la radio numérique terrestre à destination du public comme ils ont pu le faire pour la TNT .

Je pense que la FM a encore de beaux jours devant elle. Mais qu’il faut se préparer inévitablement à évoluer. Encore faut-il que tous veuillent bien s’accorder…